Histoire de Drucat-le-Plessiel.

Drucat n’est ni une agglomération dortoir ni un satellite d’Abbeville. Cette localité est très ancienne puisqu’on y a découvert des squelettes, des débris de dolmens, des vases, des monnaies de l’époque gallo-romaine. D’après Prarond, Drucat est comme un « bois habité » écrivait-il en 1862. En 870 Durcatum appartenait à l’Abbaye de Saint-Riquier puis la graphie a évolué : en 1143, les clercs écrivaient Durcart, en 1177 Drucat, Durecat en 1187 et au XIIIème siècle, on adopta l’orthographe d’aujourd’hui, mais pour les patoisants c’était Druco.

Ce sont les bâtiments comme le château ou l’église qui témoignent du passé ainsi que les cimetières et les routes. Le premier châtelain fut Rénier de Drucat (1118-1162). Il eut des descendants qui, sur la demande du Comte de Ponthieu, jouèrent un rôle d’arbitre. Le sixième seigneur, Guillaume de Drucat, fut convoqué pour aider Philippe de Valois en guerre le 25 août 1337 en servant dans « l’ost de Bouvines » et sur les frontières de Flandres sous les ordres des maréchaux de Flandres. Il eut pour héritière sa sœur. La construction de l’église date de 1325 ; à gauche de l’église, il y a une petite chapelle avec une porte donnant sur le cimetière, cette chapelle appartenait à Monsieur De Brutelette dont la famille est ensevelie ici. La tradition veut qu’un des fils de Charles Le Chauve, Carloman, se soit retiré au château de Drucat et on aurait retrouvé la pierre qui recouvrait sa tombe à l’emplacement du premier château qui fut démoli en 1361 à la demande des bourgeois d’Abbeville qui craignaient que les partisans du roi de Navarre s’y retranchassent ; il en reste la tourelle et le souterrain. Il fut rebâti rapidement et comprenait à l’époque 319 journaux de terre et 119 de bois.

En 1400 Jeanne de Drucat vend la Seigneurie à David de Rambures, Grand Maître des Arbalétriers de France, mais s’en réserve l’usufruit. En 1589, les Ligueurs le prirent, en chassèrent les partisans d’Henri IV, l’échevinage d’Abbeville exigea le démantèlement du château; il était composé d’un rectangle, flanqué de six tours, entouré de fossés remplis d’eau. À cette époque, il y avait le droit du silence des grenouilles, les serfs après leur journée de travail devaient battre l’eau des fossés pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil du seigneur; le droit de cuissage, (culage, prélibation ou marquette) était une coutume qui réservait la virginité des fiancées, au seigneur de l’endroit, par la suite cet usage fut remplacé par une somme d’argent versée au seigneur, parfois à son grand soulagement.

Le 9 juin 1693, Marie Renée de Rambures, veuve du Duc de Caderousse, vendit terre et seigneurie à Adrien Descaules, qui vint habiter la maison seigneuriale édifiée près de l’ancien château dont Macqueron a fait un dessin en 1703. Adrien Descaules mourut en 1706. Dom Grenier note 5 fiefs au Plessiel dont 4 tenus de la Seigneurie même et un de Drucat; c’est à cette époque que s’est faite la « jonction » quasi naturelle Drucat-Le Plessiel, en 1763 on aura 77 maisons à Drucat c’est-à-dire 53 feux et 40 feux au Plessiel. Charles-Vulfran succéda à son père et deux générations plus tard Louis Descaules, officier au régiment des chasseurs de Normandie, mourut sans alliance en son château de Drucat.

Sa sœur Henriette en hérita, elle avait épousé Charles Blondin De Brutelette. Par la suite, le château devint un beau corps d’habitation brique et pierre, toit en ardoise, une tour, deux ailes proéminentes et un bâtiment central en retrait, édifié vers 1840 par Henri Léopold Blondin De Brutelette et Marie-Thérèse De Buissy, son épouse.

À chaque fois ce château a été transmis par des femmes, mais depuis plus de trois siècles, il appartient à la descendance d’Adrien Descaules. Pendant la dernière guerre, il fut occupé par la Wehrmacht et incendié en septembre 1944. Madame De Rocquigny, aidée de Monsieur Tarbet de Saint-Hardoin fit reconstruire cette belle demeure qui est aujourd’hui la propriété de Monsieur De Mython.

La commune de Drucat qui comprend le Plessiel, (il y eut même un temps où l’on alternait lorsque le Maire était du Plessiel, le premier adjoint était de Drucat et vice versa) s’est développée autour de deux routes, la départementale et la nationale. Voici quelques années, il y avait 861 habitants, contre 517 en 1886 ; on y trouve une école, une auberge réputée pour sa bonne chère et un café, sans compter quelques entreprises. Au point de vue patrimoine : le château, la maison du gardien, le pigeonnier et les écuries, la Mairie-École, deux corps de fermes du XVIIIème siècle (Rues Jean Montpied et des Prévôts), l’église Saint-Martin, la chapelle dédiée aux soldats de la guerre de Crimée (1856) et l’ancienne maison relais de Poste (rue Verte).

Jean-François Le Sueur est né au Plessiel en 1760, musicien de l’empereur, il n’oublia jamais son village natal, c’est à lui que nous devons les deux croix en fer forgé qui balisent le village. L’Abbé Desvignes a soulagé plus d’un malade avec la « Pommade du Curé de Drucat ». On ne saurait oublier Louis Alexandre Dévérité, l’historien du Comté du Ponthieu, et le Baron Delattre, député du Tiers-État aux États Généraux de 1789, tous deux inhumés dans l’ancien cimetière de Drucat. Cette petite agglomération était jadis une oasis sur la route d’Hesdin, qui n’avait pas le même tracé que de nos jours, et dans une autre direction, elle était la dernière halte avant l’Abbaye de Saint-Riquier pour les pèlerins venant du nord en route vers Saint-Jacques de Compostelle.

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